30e Lettres d'Automne

Du 10 au 29 novembre 2020

Mathias Énard, invité d’honneur 2020

Voir le programme du chapitre #3 – Mathias Énard

Mathias Enard invité d'honneur du festival littéraire Lettres d'Automne 2020, Montauban (82)©Renaud-Monfourny.Mathias Énard a étudié l’arabe et le persan à l’INALCO à Paris, a séjourné longuement au Moyen-Orient, a vécu à Berlin et en Espagne. Il est l’auteur, entre autres, des romans Zone et Boussole (respectivement prix du Livre Inter 2009 et prix Goncourt 2015), du roman graphique Tout sera oublié avec Pierre Marquès, de la bande-dessinée Prendre refuge avec Zeina Abirached et du recueil de poèmes Dernière communication à la société proustienne de Barcelone. Ses livres sont traduits en plus de vingt langues. Il fait partie du collectif « Inculte », a animé plusieurs revues culturelles et est, par ailleurs, féru d’art contemporain. Polyglotte, Mathias Énard traduit de l’arabe, du persan, de l’espagnol et les langues qu’il maîtrise imprègnent son français.

Bibliographie (extraits)

Le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs, Actes Sud, 2020
Désir pour désir, RMN, coll. Cartels, 2018
Dernière communication à la société proustienne de Barcelone, Inculte / Dernière marge, 2016
Boussole, Actes Sud, 2015
Tout sera oublié, ill. Pierre Marquès, Actes Sud BD, 2013
Rue des Voleurs, Actes Sud, 2012
L’Alcool et la Nostalgie, Inculte, 2011
Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Actes Sud, 2010
Zone, Actes Sud, 2008
Bréviaire des artificiers, ill. Pierre Marquès, Verticales / Gallimard, 2007
Remonter l’Orénoque, Actes Sud, 2005, réed. 2016
La Perfection du tir, Actes Sud, 2003, réed. 2008

Traductions
Yussef Bazzi, Yasser Arafat m’a regardé et m’a souri, traduction de l’arabe (Liban) au français, Verticales / Gallimard, 2007
Mirzâ Habib Esfahâni, Épître de la queue, traduction du persan au français, Minimales / Verticales / Gallimard, 2004

Prix littéraires

2017 : Prix Littéraire de Leipzig pour la compréhension européenne pour Boussole, Actes Sud
2016 : Prix Goncourt : le choix serbe pour Boussole, Actes Sud
2015 : Prix Goncourt pour Boussole, Actes Sud
2010 et 2011 : Prix Goncourt des Lycéens et prix du Livre en Poitou-Charentes pour Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Actes Sud
2008 : Prix Décembre, Bourse Thyde Monnier, prix Cadmous, prix Initiales – Littérature Française, prix du Livre Inter pour Zone, Actes Sud
2004 : Prix Edmée de La Rochefoucauld et prix des Cinq continents de la Francophonie pour La Perfection du tir, Actes Sud

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Le mot de Mathias Énard

Chers amis des Confluences, nous vivons des temps exceptionnels, douloureux et passionnants à la fois, des temps qui nous renforcent dans ce que nous aimons et qui nous tient à coeur : la littérature et tout ce qui s’ensuit. La puissance du texte, de la musique, de la découverte ; le plaisir de la fenêtre ouverte sur autrui, sur l’ailleurs, sur nous, sur l’incertain. La possibilité d’une rencontre, de rencontres, avec le monde arabe et l’Orient, avec le dessin, avec la poésie, avec la traduction, avec le piano, avec des compositrices oubliées…
Tout cela n’a aucun sens et en prend un nouveau chaque jour. Nous nous entêtons ; nous serons têtus, tous ensemble ; nous ferons front. Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve, certes. Mais au moins, nous serons ensemble, et les masques n’empêcheront ni nos yeux de briller, ni nos larmes de couler.
Et puis, une bonne nouvelle : les masques, il faut les tomber pour boire.
Bon festival !
Mathias Énard

à lire

Couverture du Banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs, écrit par Mathias Énard, invité d'honneur du festival Lettres d'automne 2020 - Montauban

Lire un extrait
Pour les besoins d’une thèse consacrée à “la vie à la campagne au XXIe siècle”, l’apprenti ethnologue David Mazon a quitté Paris et pris ses quartiers dans un modeste village des Deux-Sèvres. Logé à la ferme, bientôt pourvu d’une mob propice à ses investigations, s’alimentant au Café-Épicerie-Pêche et puisant le savoir local auprès de l’aimable maire – également fossoyeur –, le nouveau venu entame un journal de terrain, consigne petits faits vrais et mœurs autochtones, bien décidé à circonscrire et quintessencier la ruralité.
Mais il ignore quelques fantaisies de ce lieu où la Mort mène la danse. Quand elle saisit quelqu’un, c’est pour aussitôt le précipiter dans la Roue du Temps, le recycler en animal aussi bien qu’en humain, lui octroyer un destin immédiat ou dans une époque antérieure – comme pour mieux ressusciter cette France profonde dont Mathias Énard excelle à labourer le terreau local et régional, à en fouiller les strates historiques, sans jamais perdre de vue le petit cercle de villageois qui entourent l’ethnologue et dessinent (peut-être) l’heureuse néoruralité de nos lendemains.
Mais déjà le Maire s’active à préparer le Banquet annuel de sa confrérie – gargantuesque ripaille de trois jours durant lesquels la Mort fait trêve pour que se régalent sans scrupule les fossoyeurs – et les lecteurs – dans une fabuleuse opulence de nourriture, de libations et de langage. Car les saveurs de la langue, sa rémanence et sa métamorphose, sont l’épicentre de ce remuement des siècles et de ce roman hors normes, aussi empli de truculence qu’il est épris de culture populaire, riche de mémoire, fertile en fraternité.
(Actes Sud, 2020)

 

Lire un extrait
La nuit descend sur Vienne et sur l’appartement où Franz Ritter, musicologue épris d’Orient, cherche en vain le sommeil, dérivant entre songes et souvenirs, mélancolie et fièvre, revisitant sa vie, ses emballements, ses rencontres et ses nombreux séjours loin de l’Autriche – Istanbul, Alep, Damas, Palmyre, Téhéran… –, mais aussi questionnant son amour impossible avec l’idéale et insaisissable Sarah, spécialiste de l’attraction fatale de ce Grand Est sur les aventuriers, les savants, les artistes, les voyageurs occidentaux.
Ainsi se déploie un monde d’explorateurs des arts et de leur histoire, orientalistes modernes animés d’un désir pur de mélanges et de découvertes que l’actualité contemporaine vient gifler.
(Actes Sud, 2015)
[Prix Goncourt, 2015]

 

Lire un extrait
1939, Afghanistan. Autour d’un feu de camp, aux pieds des Bouddhas de Bâmiyân, une voyageuse européenne, Anne-Marie Schwarzenbach, tombe amoureuse d’une archéologue. Cette nuit-là, les deux femmes l’apprennent par la radio, la Seconde Guerre mondiale éclate.
2016, Berlin. Karsten, jeune Allemand qui se passionne pour l’Orient rencontre Nayla, une réfugiée syrienne, dont il s’éprend, malgré leurs différences.
A travers ces deux récits entremêlés, deux histoires d’amour atypiques, comme un écho à deux époques complexes, se tissent au fil des pages. Alliant les contraires, rapprochant des êtres qui n’auraient jamais dû se croiser, l’album propose une réflexion sur la difficulté d’aimer aujourd’hui comme hier.
Dessins de Zeina Abirached.
(Casterman, 2018)

Dernière communication à la société proustienne, Mathias EnardDe Beyrouth à Damas, de la Russie au Tadjikistan, aux Balkans et à l’Espagne, Mathias Énard dépeint à travers un recueil d’errances poétiques l’immense carte de son monde d’écriture, mais aussi sa géographie intime. L’auteur de Boussole (prix Goncourt 2015), en lieu de poèmes, nous offre ici des récits poétiques, brefs, écla­tés, fulgurants, sensuels parfois, brusques souvent.
Des récits dont le style rappelle Cendrars, Apollinaire, Pessoa et même Garcia Lorca par leur brutale simpli­cité, leur évidence poétique. Dernière Communication à la Société proustienne de Barcelone traverse vingt ans d’écriture et dessine pour l’auteur une manière d’auto­biographie voyageuse.
(Inculte, 2016)