30e Lettres d'Automne

Du 10 au 29 novembre 2020

Patrick Chamoiseau, invité d’honneur 2020

Voir le programme du chapitre #2 – Patrick Chamoiseau

DERNIÈRE MINUTE
Le contexte ne permettra malheureusement pas à Patrick Chamoiseau d’être présent physiquement à Montauban. Le programme de son chapitre a été remanié et adapté pour que nous puissions malgré tout l’entendre depuis la Martinique et rencontrer quelques-uns de ses invités.

Patrick Chamoiseau invité d'honneur du festival littéraire Lettres d'Automne 2020, Montauban (82)Patrick Chamoiseau est né à Fort-de-France en Martinique. Il est l’auteur d’une œuvre considérable (Texaco, Solibo Magnifique, Éloge de la créolité, Écrire en pays dominé, Antan d’enfance, Biblique des derniers gestes, Les neuf consciences du Malfini…) constituée de romans, de contes, d’essais et de textes inclassables, traduits en plusieurs langues, et qui lui ont valu de nombreuses distinctions, dont le prix Carbet de la Caraïbe et le prix Goncourt. Ses dernières parutions aux éditions du Seuil sont La Matière de l’absence, roman salué par une critique unanime, et un flamboyant appel humaniste et poétique intitulé Frères migrants. Il est aujourd’hui une des voix les plus influentes de la Caraïbe et un des écrivains majeurs du monde contemporain.

Bibliographie (extraits)

Romans
Osons la Fraternité, collectif, Philippe Rey, 2018
La Matière de l’absence, Seuil, 2016
Hypérion victimaire. Martiniquais épouvantable, La Branche, coll. Vendredi 13, 2013
L’Empreinte à Crusoé, Gallimard, 2012
Les neuf consciences du Malfini, Gallimard, 2009
Un dimanche au cachot, Gallimard, 2007
Le Commandeur d’une pluie, suivi de L’Accra de la richesse, Gallimard jeunesse, 2002
Biblique des derniers gestes, Gallimard, 2002
L’esclave vieil homme et le molosse, Gallimard, 1997
Texaco, Gallimard, 1992 (prix Goncourt)
Solibo Magnifique, Gallimard, coll. Blanche, 1988
Chronique des sept misères, Gallimard, 1988

Essais & travaux historiques
Frères migrants, Seuil, 2017
L’Intraitable beauté du monde – adresse à Barack Obama, avec Édouard Glissant, Galaade Éditions, 2009
Quand les murs tombent ; l’identité nationale hors-la-loi ?,  avec Édouard Glissant, Galaade Éditions, 2007
Elmire des sept bonheurs. Confidences d’un vieux travailleur de la distillerie Saint-Étienne, Gallimard, 1998
Écrire en pays dominé, Gallimard, 1997
Lettres créoles. Tracées antillaises et continentales de la littérature. Haïti, Guadeloupe, Martinique, Guyane (1635-1975), avec Raphaël Confiant, Folio Gallimard, 1991
Éloge de la Créolité, avec Jean Bernabé et Raphaël Confiant, Gallimard, 1989

Littérature Jeunesse, contes
Veilles et Merveilles Créoles, album jeunesse, Le Square, 2013
Le Papillon et la lumière, ill. Ianna Andreadis, Philippe Rey, 2011

Autobiographie
À bout d’enfance (Une enfance créole, III), Gallimard, coll. Haute Enfance, 2005
Chemin d’école (Une enfance créole, II), Gallimard, 1994
Antan d’enfance (Une enfance créole, I), Gallimard, coll. Haute Enfance, 1990

Autres
Trésors cachés et patrimoine naturel de la Martinique vue du ciel, photographies Anne Chopin, HC Editions, 2007
Métiers créoles : tracées de mélancolie, avec Jean-Luc de Laguarigue, Hazan, 2001
Case en pays-mêlés, avec Jean-Luc de Laguarigue, Hazan, 2000
Guyane : Traces-mémoires du bagne, avec Rodolphe Hammadi, Caisse nationale des monuments historiques et des sites, 1994

Prix littéraires

2016 : Prix international Nessim Habif pour La Matière de l’absence
2008 : Prix du Livre RFO pour Un dimanche au cachot
2002 : Prix Spécial du Jury RFO pour Biblique des derniers gestes
1993 : Prix Carbet de la Caraïbe pour Antan d’enfance
1992 : Prix Goncourt pour Texaco
1989 : « Mention » Premio Grafico Fiera di Bologna per la Gioventù de la Foire du livre de jeunesse de Bologne (Italie) pour son ouvrage jeunesse Au temps de l’antan : contes du pays Martinique illustré par Mireille Vautier
1988 : Grand Prix de la littérature de jeunesse pour Au temps de l’antan
1987 : Prix international francophone Loys Masson pour Chronique des sept misères
1986 : Prix de l’île Maurice et prix Kléber Haedens pour Chronique des sept misères

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Le mot de Patrick Chamoiseau

Le désir-imaginant de toutes les langues du monde
Bien au-delà de la remise en cause (encore à parfaire, encore inachevée) de la colonisation du monde par la face obscure de l’Occident, le 20ème siècle aura été celui de la Relation. Il faut entendre par là toutes les modalités de mises en rapport des civilisations, des cultures et des individus, tant dans leurs vitalités culturelles que dans les insondables de leurs imaginaires. 
La Relation nous a précipités de manière collective (mais aussi par des équations individuelles) dans ce que Glissant appelle le « Tout-monde » : cette tension génésique entre « la mondialisation » et son inattendu « la mondialité ». Qu’on la perçoive ou pas, cette tension nous conditionne tous.
L’accomplissement de chacun d’entre nous, artistes encore plus, écrivains tout autant, ne s’effectue plus à l’échelle d’une nation, d’une langue ou d’une culture, mais sur une grand-scène imprévisible où tout cela se
mélange. Une trame de « lieux » ouverts et de flux relationnels où ne peuvent s’envisager que des « devenirs » incessants.
L’écrivain contemporain est pour moi un écrivain de la Relation.
Il doit habiter une rupture dans la langue, ou dans les langues qui lui sont données. Cette rupture n’est pas son « style » mais son « langage ».
Qu’est-ce que le langage ? C’est le désir-imaginant de toutes les langues du monde.
C’est, dans toute langue, une inconfortable étrangeté.
C’est ce qui fait dériver toute langue au plus stimulant de ses frontières avec les autres langues, mais aussi avec la couleur, la musique, le rythme, les forces de l’écho et de la résonance… Ce qui revient à précipiter la langue « en Relation ». Le « style » était une manière d’amener au frisson une langue qui ne se dépasse pas et que l’on ne dépasse pas vraiment. Le « langage », consiste à s’émouvoir d’un avant-lalanque et d’un après-la-langue. C’est aussi rester à portée d’un au-delà-de-la-langue, dans les confins de ses frontières avec les autres langues, mais aussi avec les musiques, les rythmes, les sons, les couleurs, les vibrations tactiles, les sensations, les troubles de la présence animale, l’opacité du végétal… C’est par là que se défont nos conceptions coutumières du « récit ».
La Relation est le plus haut défi qui soit posé aux arts et donc à la littérature.
Il nous faut considérer cette aventure encore embryonnaire dans nos esprits.
C’est là que se déploie ce que l’idée même de littérature a de plus exaltant.
Nous en parlerons ensemble…
Patrick CHAMOISEAU

à lire

Frères Migrants, romans de Patrick Chamoiseau

Lire un extrait

Quand un inacceptable surgissait quelque part, Edouard Glissant m’appelait pour me dire : « On ne peut pas laisser passer cela ! » Il appuyait sur le « on ne peut pas ». C’était pour moi toujours étrange. Nous ne disposions d’aucun pouvoir. Nous n’étions reliés à aucune puissance. Nous n’avions que la ferveur de nos indignations. C’est pourtant sur cette fragilité, pour le moins tremblante, qu’il fondait son droit et son devoir d’intervention. Il se réclamait de cette instance où se tiennent les poètes et les beaux êtres humains. Je ne suis pas poète, mais, face à la situation faite aux migrants sur toutes les rives du monde, j’ai imaginé qu’Edouard Glissant m’avait appelé, comme m’ont appelé quelques amies très vigilantes.
(Seuil, 2017)

Texaco roman de Patrick Chamoiseau«Une vieille femme câpresse, très grande, très maigre, avec un visage grave, solennel, et des yeux immobiles. Je n’avais jamais perçu autant d’autorité profonde irradier de quelqu’un… Elle mélangeait le créole et le français, le mot vulgaire, le mot précieux, le mot oublié, le mot nouveau…» Et c’est ainsi que Marie-Sophie Laborieux raconte à l’auteur plus de cent cinquante ans d’histoire, d’épopée de la Martinique, depuis les sombres plantations esclavagistes jusqu’au drame contemporain de la conquête des villes.
(Gallimard, 1992)
[Prix Goncourt, 1992]

Antan d'enfance de Patrick Chamoiseau

Patrick Chamoiseau, auteur de Texaco, prix Goncourt 1992, nous donne ici ses souvenirs d’enfance. Enfance prise dans l’En-ville de Fort-de-France, dans le giron de la merveilleuse Man Ninotte qui ne cesse d’organiser la vie familiale avec un art de vivre et de survivre dont le cocasse et la poésie nous charment.
Comme le souligne Milan Kundera, «les souvenirs d’enfance de Chamoiseau sont exempts du moindre narcissisme, l’enfance étant pour l’auteur avant tout l’âge de la plus grande soif de réalité».
(Gallimard, 1990)